Ma drôle d’aventure à Plymouth au Integrated Dance Summer School

En Octobre 2016, j’ai eu la chance de participer à un stage de trois jours avec Adam Benjamin en Belgique. Une expérience qui m’avait alors confortée dans mon choix de me consacrer à la danse professionnellement, quelques mois avant d’intégrer InterDanse.

J’étais donc impatiente de retrouver Adam et participer au premier Integrated Dance Summer School à Plymouth ; une semaine entière à approfondir mes connaissances de l’improvisation en danse et ce dans une pratique ouverte et accessible à tous. Et cette fois-ci, je ne suis pas partie seule. J’ai embarqué dans cette aventure Joana, une danseuse du pays basque qui voulait expérimenter un stage de danse inclusive.

Et quelle Aventure…..

A peine arrivées avec Joana, le ton est donné. Nous allons partager notre logement avec quatre danseurs de la compagnie de danse intégrée Japonaise KYO. Je savais déjà qu’un spectacle de la compagnie devait clôturer le stage le samedi soir et qu’ils répèteraient toute la semaine. Mais partager des petits moments au quotidien avec ces personnes si accueillantes et chaleureuses? Quel cadeau. Et que dire de notre rencontre avec A., cette pétillante jeune femme toute droit venue du Québec et qui commence à peine une année sabbatique en Angleterre pour enrichir ses connaissances de la pratique inclusive?

C’était sûr! Cette semaine serait très enrichissante à l’intérieur et en dehors du studio.  

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Après avoir passé notre première journée d’escapade à flâner dans les rues ensoleillées de Plymouth (si, je vous jure il peut faire beau en Angleterre), il était temps de commencer ce stage et de rencontrer mes autres compagnons d’aventure.

Me voilà sur cette scène de théâtre, entourée de 24 autres participants venant de différents pays et horizons (théâtre, improvisation, danse, cirque aérien, …). Ils semblent tous curieux, sensibles, souriants, heureux d’être là et BAVARDS!!!!!!! YES!!! On va bien s’entendre!
En effet, il faut le savoir: On danse et on parle dans les stages d’Adam Benjamin. On parle de soi, on échange, on rit, on fait des blagues et on fait des choix aussi… j’y reviendrai…

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photo : C. Lee

Chaque jour, nous avons commencé par un échauffement et plusieurs exercices simples (et difficiles à la fois) en duo et parfois plus à la (re)découverte de notre corps, pour développer nos sens, explorer de nouvelles possibilités de mouvement dans l’espace, seuls et avec les autres.

Je serre une main, puis nos deux mains s’éloignent de plus en plus pour finalement se retrouver. Puis je guide ma/mon partenaire, je la/le suis, je lui parle, je manipule, je suis manipulée… avec les yeux ouverts puis les yeux fermés. On prend confiance en l’autre, en soi. Non! Pas « ON » mais  « JE » m’autorise à m’abandonner, à lâcher prise… même quelques secondes… et ce n’est pas chose facile,  moi qui aime bien tout contrôler, mais libérateur. Ce qui m’a amenée à me questionner :

Comment s’assurer de sa sécurité /la sécurité de son partenaire quand les yeux sont fermés sans pour autant oublier d’être dans la danse?
Il faut être responsable, mais aussi être conscient que l’on est pas seuls dans l’espace. D’autres ont aussi les yeux ouverts. La personne qui a les yeux fermés est là aussi, prête, à l’écoute et son corps saura…

Respons’Ability : Le corps / Les corps savent. Ainsi,  les sensibilités et une attention forte permettent la création chorégraphique dans l’instant… 

Tous ces exercices nous ont permis de développer de nouvelles capacités pour nous amener vers des créations chorégraphiques instantanées.
Et là, comment dire? Il s’en est passé des choses. C’était à juste titre les moments les plus agréables et fun…. Des « scènes » improbables, sensibles et souvent drôles. J’ai adoré être spectatrice/actrice de ces moments. C’est incroyable ce qu’il peut se passer dans un espace temps d’une minute avec une simple consigne que l’on choisit de suivre ou pas… et qui peut amener à des improvisations en 3 actes…

J’ai observé et vécu de si beaux moments toute cette semaine… Un duo/duel en contact magique, une participante espagnole qui tant bien que mal exprime son point de vue, une bouteille en plastique dans la bouche, six personnes en lignes, parlant chacune dans leur langue maternelle en donnant l’impression qu’elles racontent la même histoire, une improvisation parlée qui commence en douceur pour finir en déflagration de « Fu**** Fu**** F****CCCCCKKKKEEEERRRRS » et une conversation dansée des plus intéressante sur les coupes menstruelles….

Ils en avaient des choses à dire mes camarades de stage!!!!!!!

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Dès le premier jour, j’ai observé qu’Adam utilisait les mêmes exercices que dans le stage d’Anvers. J’ai eu d’abord peur de m’ennuyer ou de ne rien apprendre… mais rapidement, je me suis rendue compte de l’avantage que cela m’apportait : je pouvais aller plus loin, chercher autre chose, explorer différemment.

Justement… Dès le deuxième jour, chacun des participants exprime en début de journée ce qu’il attend de la semaine… pour que chacun sache et puisse accompagner les autres à atteindre cet objectif. Super non?!

Plusieurs participants se jettent à l’eau :

« Prendre confiance en moi quand j’improvise »

« Danser plus pour moi et avec les autres sans toujours me sentir obligée de donner ou d’aider les autres dans leurs choix »

« Danser en arrêtant de m’auto-juger »

« Trouver des moments de repos dans ma danse »

A mon tour : « Je veux prendre plus de risques […] et rechercher plus précisément ce qui me rend unique dans ma danse et pour cela j’ai besoin de vous… »

Advienne que pourra…..

J’ai dansé debout ce jour là… j’ai traversé cette salle…. debout… en utilisant les corps de mes partenaires comme supports… c’était risqué… mais c’était génial!!

J’ai essayé de persévérer dans la prise de risque durant la semaine…
Je suis restée immobile dans un coin de la scène, j’ai osé dire non à une invitation à entrer dans une danse, j’ai dansé dans tous mes états de corps, j’ai ri quand il ne fallait peut être pas rire, j’ai tapé dix fois sur un mur pour affirmer haut et fort mon identité de « personne handicapée », j’ai pleuré en disant « merci ».
Je crois que le plus gros risque que j’ai pris cette semaine était en dehors du studio. Je me suis exprimée librement, honnêtement dans chacune de mes conversations… prête à montrer mes multiples facettes.

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photo: T. Carter

Un parenthèse reposante….

Dans ces stages là, le temps passe vite…. très vite, trop vite. On avance doucement mais surement, on tente de nouvelles choses, on est stimulé par ce que l’on voit et l’énergie des participants. On aimerait que ça dure plus longtemps, continuer à chercher, jouer ensemble.
Et en un instant, on se retrouve dans la pénombre d’un studio de danse, lumières éteintes et rideaux fermés. Le besoin de repos quotidien est essentiel notamment pour les personnes souffrant de douleurs chroniques. Comment investiguer cette question en dansant. Peut on danser en se reposant? Comment trouver le calme dans la danse?  C’était une incroyable expérience que j’espère continuer à explorer dans ma danse.

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photo: S. Laukkanen

Improviser, c’est faire des choix (?)

J’ai fait des choix dans ma danse et dans mes objectifs. J’ai choisi d’explorer la notion des « espaces vides » dans mon corps, dans ma tête, dans les espaces qui étaient proposés. J’ai choisi de ne pas faire l’exercice les yeux fermés où il fallait parler, j’ai choisi de m’entêter à traverser la scène en diagonale, en coupant volontairement l’espace d’improvisation en deux.

J’ai aussi réussi à faire des choix quand il fallait dire le nom d’un des participants que l’on avait remarqué à la fin de chaque journée…
Au final, si je suis honnête avec moi même et avec vous, je ne sais pas si le plus dur dans ce « cercle de fin de journée » était de faire un choix parmi tous les moments magnifiques que j’avais pu observer ou plutôt le fait d’espérer entendre mon nom et être profondément déçue voire blessée de ne pas l’entendre…

Moi et mon fichu besoin de reconnaissance, de validation… partout, tout le temps… même quand je danse… 

Toute la semaine j’ai essayé de m’en détacher, me détacher de ce regard et cette approbation. J’en ai parlé autour de moi et je me suis rendue compte que je n’étais pas la seule à ressentir cela ou à avoir peur de ne pas être à la hauteur. Ah bon? Je ne détiens pas le monopole du manque de confiance ?
Et quand le jeudi après midi, mon nom est prononcé à deux reprises…. moi qui m’attendait à un feu d’artifice intérieur ( « ENFIIIIIIIIIIIIIIN!!!!!! « ) et un sentiment de soulagement ultime, et bien… figurez vous qu’à part l’agréable sensation d’entendre mon nom, l’explosion n’a pas eu lieu. A croire que la reconnaissance des autres me fait du bien, mais n’est peut être pas nécessaire à mon bien-être. Mmmm à méditer….

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photo : S. Laukannen

Je vous passe l’épisode du dernier jour de stage, du dernier moment en studio à échanger sur notre expérience… Un grand moment. Il y a eu beaucoup de rires, des larmes aussi (d’accord, j’avoue… moi aussi j’ai pleuré…). C’était une semaine riche en émotions et grands moments de danse. J’ai beaucoup évolué en tant que danseuse mais aussi en tant que femme. J’ai appris et… j’ai compris beaucoup.

Je ne pouvais pas ne pas parler du spectacle de la compagnie KYO le samedi soir et de la fête qui sont venus conclure cette semaine. MAGIQUE!  La compagnie nous a présenté 2 pièces : Open state, d’Adam Benjamin et Border de Takiko Iwabuchi (extraits vidéos disponible en cliquant sur les titres). Les deux pièces étaient de très grande qualité artistique et technique. Elles étaient intenses, très dynamiques et drôles. Les danseurs étaient superbes! Ils travaillent beaucoup, ils répètent énormément et ça se voit… c’est bluffant de précision…

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photos : Klara Łucznik

Quand je pense que les deux danseuses en fauteuil (moyenne d’âge 40 ans) font une heure de transport 4 fois par semaine pour répéter après leur travail… et quand je vois le résultat si professionnel de leur prestation… et bien je me dis que j’ai beaucoup à apprendre de leur humilité et de leur détermination…

Je suis revenue en France pleine d’énergie, nourrie de toutes ces belles rencontres et expériences, convaincue que l’échange est la clef de l’évolution dans la danse inclusive et plus généralement dans la vie. Le stage aura lieu l’année prochaine et j’incite toutes celles et ceux qui aiment danser, partager et improviser à le faire! Vous ne le regretterez pas! Je suis encore plus heureuse de faire partie de cette belle communauté qui avance, pense, explore, essaie, se trompe, rit et recommence…

….. FIN …..
(OU PAS?)


NOTES POUR LA SUITE

« Peu importe ce qui te rend unique, si tu te sens appartenir à un groupe, une communauté »

« Pourquoi je ne mange pas plus souvent du houmous?! J’adore ça! « 

« Quand j’ai dansé avec toutes ces personnes, je ne me suis jamais sentie limitée par les difficultés liées à mon handicap mais surtout par mes propres peurs et mes doutes »

 » Je m’identifie comme étant Européenne et apparemment je ne suis pas seule, mes genoux s’en souviennent »

 » Suivre son instinct, c’est aussi faire un choix artistique »

 » Les meilleures conversations artistiques sont toujours accompagnées d’un bon café le midi ou d’un bon verre de vin à l’apéro »

« ça fait du bien de ne pas se sentir à l’écart dans ses choix de vie ou son identité »

« Tu pars avec une copine, et tu rentres avec une amie… et de la nourriture japonaise lyophilisée. »

 « J’aime bien rire et faire rire au quotidien mais j’ai du mal à être drôle quand je danse sur scène… »

« Manga, ça veut dire bande dessinée… tout simplement »

 » Je n’ai pas toujours besoin de prendre des risques ou me lancer des défis personnels pour avancer et être satisfaite de ce que je fais. Le confort, c’est bien aussi. »

 » J’ai une nouvelle passion à explorer : les chips au vinaigre. »


 

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2 commentaires sur « Ma drôle d’aventure à Plymouth au Integrated Dance Summer School »

  1. j’ai lu avec attention ton texte et j’ai adoré!!!je vois combien tu avances…..pas forcément besoin de jambes pour avancer…je suis fière de toi et t’embrasse bien fort ma sexy bitch

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